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J.Puget présente C. Soler: - QU'EST-CE L'INCONSCIENT

QU'EST-CE L'INCONSCIENT
12 Janvier 2008


    Ouverture par J. PUGET des interventions de Colette SOLER et Luis  IZCOVICH - Hôpital LAPEYRONIE -


FREUD en révélant l'inconscient à l'existence et en fondant la psychanalyse, pensait qu'elle se devait d'étendre son action et son interrogation hors du strict cadre de la cure. Tel est le projet de la rencontre de ce jour centrée sur la notion clef d'inconscient -

Je dis bien notion et non pas concept, respectant ainsi l'invite de Jacques LACAN à passer par ses signifiants et non pas par ses concepts…. car, nous dit-il, au tout début de la leçon IV, du Séminaire V (les formations de l'Inconscient) :  "un concept est un signe qui doit avoir un sens précis, partagé par tous, un sens dont il est "gros".

Je dois avouer qu'une ouverture de séance concernant une telle notion-clef m'a semblé une entreprise un peu folle, car l'inconscient n'est pas la moins simple des notions, même si le vocable nous est familier. Et puis le risque, en se voulant bref, est,  de l'être que trop, voire même incompréhensible, alambiqué ou assommant.
Je vais donc courir le risque d'être concis… encore que… le jeu syllabique possible sur un tel signifiant par inversion des syllabes donnerait "si-con"….

Toute l'expérience de FREUD à partir de ses premiers livres majeurs, "l'interprétation des rêves" (dont le fameux chapitre VII dans la 3eme partie), tout comme "le mot d'esprit et ses rapports avec l'Inconscient", de même que "Psychopathologie de la vie quotidienne", nous démontre que l'inconscient surgit toujours là où on ne s'y attend pas, comme dans le rêve, le mot d'esprit, le lapsus ou l'acte manqué par exemple…. attestant que "le moi n'est pas maître dans sa propre maison".


Prenons l'exemple du lapsus : nombreux sont-ils, célèbres car tirés de l'actualité. Ainsi, celui de Giscard d'Estaing au moment de sa candidature à l'élection présidentielle : "une érection ça se prépare à l'avance" ou celle de Delors interrogé sur la levée de l'immunité parlementaire de B. TAPIE : il dira à plusieurs "je suis contre l'immunité" puis se ressaisira en disant : "je suis contre la levée de l'immunité parlementaire".


Telles sont ces manifestations non intentionnelles traduisant un discors entre ce que l'on prétend énoncer et ce qui est de l'ordre du sujet de l'inconscient.

Poursuivons par le mécanisme du rêve sur lequel FREUD nous enseigne "qu'il est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient de la vie psychique", tout en précisant qu'il s'agit d'une production propre du rêveur. A cet effet, j'ai choisi comme support, DANY, célèbre auteur de la bande dessinée franco-belge qui a, entre autres, réalisé pour Joker Editions, six albums délicieusement coquins, consistant en la mise en images de courtes histoires complètes. La planche intitulée "la cauchemardeuse" tirée du tome 3 "Vous n'avez pas honte" nous montre une jolie jeune femme, aux formes plantureuses, en nuisette, fuyant, dans le décor angoissant d'une forêt irréelle, une horde de monstres - le tout sans parole. L'avant-dernière image, nous la présente immobilisée et entièrement dénudée : c'est alors qu'elle hurle : "Qu'est-ce que vous allez me faire ?" et l'un des monstres lui répond "Ah, ben nous, on sait pas : c'est vous qui rêvez".

C'est ici donc, exemplarisée, la proposition la plus populaire de l'onirique freudienne : "Le rêve est un accomplissement de désir".

C'est là, l'hypothèse de l'inconscient. Un savoir insu, dont nous ne sommes pas maîtres mais ses valets, nous disait Liliane FAINSILBER récemment à propos de son livre "Lettre à Nathanaël".  Un savoir inconscient dont les signifiants,  écrit C. SOLER en 2002,  dans son  cours sur l'hystérie, sont en fonction d'opérateurs qui affectent la jouissance du corps…. d'opérateurs,  oserais-je ajouter, toujours actifs donc : les processus inconscients étant intemporels, "ni modifiés ni ordonnés selon le temps".

A ce propos, il me vient à  l'esprit l'aventure, que cite LACAN, dans son Séminaire II (Le moi dans la théorie de FREUD et dans la technique de la Psychanalyse) l'aventure, donc, d'un homme que l'on trouve sur une île déserte où il s'est retiré pour "oublier". "Mais pour oublier quoi ?" lui demande-t-on. Abasourdi il répondra "j'ai oublié". Cet homme a oublié ce qu'il devait oublier. Par contre, ce qu'il a oublié, ça, ça ne l'oublie pas.
C'est cela l'inconscient : la terre d'où il a émigré colle à jamais à ses semelles. Ce savoir inconscient qui colle aux semelles de chacun sans donc être reconnu me fait penser à ce que Liliane FAINSILBER abordait le mois dernier ici même à propos de FREUD. Après avoir terminé "L'interprétation des rêves",     FREUD écrivant à Fliess (naissance de la psychanalyse, p. 229) lui dit : "mon travail a été entièrement dicté par l'inconscient, suivant la célèbre phrase d'ITZIG, le cavalier du dimanche (un personnage des histoires juives) "Où vas-tu ITZIG, l'interroge-t-on. Je n'en sais rien, demande à mon cheval".

Si nous sommes tous des ITZIG chevauchant notre savoir inconscient ; nous sommes comme le précise Colette SOLER, des sujets barrés sans remède.

Sauf que… sauf que…. il  nous est possible de trouver, pour celui qui se sent concerné, ce que LACAN appelle la clé de sa division… en mettant l'inconscient au travail…. dans le cadre d'une cure analytique… ou pour reprendre l'exemple du cavalier du dimanche, en donnant la parole au cheval.

Je souris en ce point précis de mon propos car me revient à l'esprit un souvenir d'adolescent, cette fameuse série télévisée américaine en, je crois, 143 épisodes, crée par Walter Brooks : série intitulée : "Monsieur ED, le cheval qui parle" - un cheval doué de parole et sarcastique à souhait qui crée bien des problèmes à son propriétaire;
   
Ce cheval doué de parole m'autorise à conclure, certes de façon malhabile sur la suprématie de la parole et du signifiant que nous rencontrons à chaque étape de la théorie lacanienne et qu'il nous faut comprendre comme l'une des découvertes fondamentales de la psychanalyse.

LACAN s'est efforcé de montrer que c'est toute la structure du langage que l'expérience analytique retrouve dans l'inconscient, en témoignent :
  
    - le Séminaire sur la lettre volée
    - Fonction et Champ de la Parole en Psychanalyse
    - L'instance de la lettre dans l'inconscient
    - Position de l'inconscient, un condensé de ses interventions lors du Colloque de Bonneval sur l'Inconscient en 60 et rédigé 6 ans après.

Dans ce texte LACAN réaffirme sa thèse de base  "l'inconscient est un concept forgé sur la trace de ce qui opère pour constituer le sujet ; le sujet n'est pas cause de lui-même, il porte en lui le ver de la cause qui le refend"… cette cause étant bien sûr le langage.

Cet écrit difficile,  orientera, je crois, l'intervention de Monsieur Luis IZCOVICH cet après-midi. Membre fondateur de l'E.P.C.L. il interviendra sur le thème : "L'inconscient, fiction ou réel".

Je le remercie d'avoir chaleureusement accepté de participer à cette journée alors que ses contraintes professionnelles l'absorbent grandement.

Je laisse maintenant la parole à Mme Colette SOLER, membre fondateur de l'E.P.C.L., qui nous fait le grand honneur d'être ici présente ce jour. Elle a amicalement accepté notre invitation malgré son emploi du temps fort chargé, réservant la priorité au milieu universitaire.

Cette journée, comme les deux précédentes, est effectivement dédiée aux étudiants en Psychologie Clinique.
Le titre que Mme SOLER a donné à son intervention est : "Prendre son inconscient en considération".


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