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| FORMATIONS CLINIQUES DU CHAMP LACANIEN E.P.F.C.L. -FRANCE

SOCRATE ESPACE CLINIQUE DE MONTPELLIER-MEDITERRANEE RATTACHE AU COLLEGE CLINIQUE DU SUD-EST
| | OUVERTURE DU COLLEGE CLINIQUE, 28 Novembre 1998 par Colette SOLER
Ce Collège clinique est une nouveauté de cette rentrée 1998. Sa création répond à la situation inédite qui s'est créée à la Section clinique de Paris Saint-Denis, dans les suites de la Rencontre de Barcelone en juillet 1998 et en fonction des divisions apparues au sein de la communauté du Champ freudien. Cette situation a été présentée dans le document de création du Collège, je n'y reviens pas. J'indiquerai comment ce Collège se situe, politiquement et épistémiquement par rapport à l'ancienne Section clinique. Nous n'en récusons pas le projet d'origine, même si cette Section clinique a progressivement cessé d'être à la hauteur de ses ambitions. Ce projet répond en effet à une nécessité dans la psychanalyse. Je vous fais remarquer d'abord que, de fait, très tôt, dans l'IPA, la distinction de la Société des analystes et de l'Institut où enseignent les didacticiens a été présente. Lacan lui-même, à côté de son Ecole, a soutenu puis renouvelé, en 1974, le Département de psychanalyse avant de créer en 1976, la Section clinique. Le Collège clinique reste sur cette lancée et il en partage l'intention. Pourquoi ? Lacan a pu dire, lapidairement, qu'il s'agissait de stimuler son Ecole. Considérons le statut politique et épistémique de l'association des psychanalystes. Sur le plan politique, le régime associatif qui regroupe des membres ayant chacun les mêmes droits, indépendamment de toute considération concernant les compétences quant au savoir et à la transmission, rend à peu près impossible qu'un enseignement méthodique s'instaure. J'appelle enseignement méthodique un enseignement qui vise à couvrir l'ensemble du champ des questions cliniques et doctrinales et qui se propose d'y avancer dans une progression ordonnée et calculée. Sur le plan épistémique d'autre part, dès que l'on s'avance sous le signifiant de psychanalyste, le savoir supposé suffit. Il est même assez stupéfiant qu'il existe une profession, la notre, où il n'est jamais exigé de faire ses preuves en matière de savoir. Or, le maintien de la psychanalyse, aussi bien comme pratique que comme présence dans la culture, exige une certaine transmission d'un savoir articulé. Lequel ? Celui qui se dépose dans les textes, au gré des productions des analystes. Mais à cet égard tous les écrits de la doctrine ne se valent pas, bien sûr. Ceux de Freud se distinguent de façon unique, et ça n'a rien à voir avec la piété à l'égard du père, contrairement à ce que l'on serine. Lacan le savait bien, qui disait : la psychanalyse a "consistance des textes de Freud". En effet soustrayez-les, et la psychanalyse disparaît. L'œuvre de Freud est l'au-moins une sans laquelle on ne saurait pas même ce qu'est le procédé dont l'analyse est solidaire. On peut ici se livrer à une petite expérience mentale d'épreuve par la soustraction. On voit que quels que soient leurs mérites, sans /'ego psychology, sans Mélanie Klein, sans le middle group, sans Winnicott, la psychanalyse se serait certes appauvrie, mais pourrait demeurer. Et Lacan ? Lacan est allé beaucoup plus loin que Freud dans l'établissement du discours, mais il n'est pas l'inventeur du procédé et la psychanalyse tient au procédé mis au point par Freud. C'est pourquoi, je pense, que lui-même, qui ne se poussait pas du col, a pu dire à Caracas en 1980 : je suis freudien. Nous continuerons donc à mettre à notre programme l'étude méthodique des textes qui orientent la pratique et à les faire vivre en les soumettant à l'épreuve des cas, où ils auront à démontrer leur opérativité et leur portée cliniques. J'en viens aux divergences et à ce qui nous distingue de la Section clinique d'aujourd'hui. Elles sont doubles : politiques et épistémiques, elles aussi. Politiquement, l'ensemble de l'Institut du Champ freudien est dirigé par une personne et par une seule. Ce système nous l'avons d'abord accepté, au nom de ceci que le signifiant maître est nécessaire, et qu'il faut une direction. L'expérience de la crise a donné tort à notre confiance et a fait la preuve que ce système de direction par un seul est ouvert aux abus. Notre option alternative ne sera pas l'absence de direction, mais une direction collégiale par l'ensemble des enseignants. C'est une direction qui s'accorde sur deux options précises : le décloisonnement des enseignements en vue d'instaurer des circulations entre les Unités et les divers Collèges, et l'intégration progressive de nouveaux enseignants à mesure que la formation progressera. Sur le plan épistémique, un phénomène nouveau est apparu dans la Section clinique : l'extension du pouvoir de direction sur les thèses à enseigner elles-mêmes. C'est autre chose de choisir les thèmes de l'année, le plan d'ensemble et les enseignants eux-mêmes et de choisir les thèses à soutenir. Or c'est ce que l'on a vu s'avancer depuis trois ans et qui a culminé à ladite Convention de Cannes, au profil d'une thèse sur la psychose qui est aux antipodes aussi bien des thèses de Lacan, que de celles que nous avons soutenues depuis vingt ans. Là où Lacan a toujours eu, et même avec la théorie des nœuds borroméens, une conception discontinuiste de la frontière entre névrose et psychose, on introduit l'idée d'une gradation continue. Là où Lacan vise une clinique de la certitude, on prône désormais la clinique floue du plus ou du moins assuré. Politiquement, cette thèse est un clin d'œil à l'IPA évident. Epistémiquement, elle mérite d'être examinée. N'en tranchons pas à priori, mais elle ne saurait être un mode d'ordre, avancé sans que la communauté en débatte pour en tester la validité. La direction peut à la rigueur être une, le savoir ne peut fluctuer au gré des décisions d'un seul, aucun diktat ne vaut pour lui. On a vu dans le siècle des épisodes où le S1 prétendait légiférer dans le champ des savoirs. On en connaît le résultat : désastreux pour le savoir et d'avance condamné par l'histoire. Que prétendons-nous substituer à cette direction du S2 par le S1 ? Une direction collégiale du savoir ne vaudrait pas mieux que la direction d'un seul. Le savoir dans notre champ ne se dirige pas. Il s'acquiert, il s'élabore et à la pointe, il s'invente et...se met à l'épreuve. Mais un débat contradictoire est possible, qui s'est poursuivi d'ailleurs dans l'histoire de la psychanalyse, en dépit des luttes institutionnelles. Les avatars politiques ne l'ont ni empêché, ni éclipsé à terme. Voyez par exemple l'option de Mélanie Klein quant à la psychose : elle reste inscrite comme une des options possibles, offerte à l'examen et à la critique. Telle sera donc notre option : débat pluraliste. |
INTRODUCTION AU CYCLE DE CONFERENCES DE L'ESPACE CLINIQUE par Jacques PUGET - 18 Novembre 2006 -
L'Espace clinique que nous avons crée, François HEMMI et moi-même, a pour vocation, en re-nouant avec les principes sur lesquelles Jacques LACAN avait fondé en 1976 la Section Clinique de Paris VIII, de contribuer à la TRANSMISSION DE LA PSYCHANALYSE. Ses principes "indiquer une direction à ceux qui se consacrent à la clinique psychanalytique, interroger le psychanalyste, le presser de déclarer ses raisons (c.a.d s'expliquer sur ce qu'il faut, sur ce qui opère dans sa pratique). La section clinique de Vincennes avait pour LACAN cette fonction de mettre les analystes à la question de la clinique - il y allait et il y va encore de la TRANSMISSION DU SAVOIR. Cet espace clinique de Montpellier est rattaché au College Clinique du Sud-Est qui fait partie des cinq Colleges Cliniques du Champ Lacanien en France. Cet ensemble se rattache au Forum du Champ Lacanien et à l'Ecole de Psychanalyse du Champ Lacanien -France- lesquels sont associés à d'autres Forums à l'étranger pour former l'Internationale des Forums. Ce College Clinique s'adresse à ceux qui, quel que soit le niveau de leurs études ou le cadre de leur pratique, veulent se donner des outils épistémiques aptes à les orienter dans la clinique. Il s'agit donc d'un dispositif où la circulation du savoir et son élaboration ne sont pas ceux qui sont en jeu dans la cure analytique mais où l'enseignant est sujet divisé. En effet, si FREUD avait le désir explicite que la psychanalyse subsiste, en Juillet 78 à Strasbourg LACAN passera de l'intransférable de la psychanalyse à sa réinvention pour qu'elle subsiste. Ce n'est pas le didacticien ni les institutions qui la transmettent. Chaque analyste esl obligé de réinventer la psychanalyse. La réinvention possible vient du travail préalable dans ce que LACAN appelait l'intention (c.a.d. réinventer son rapport à l'inconscient, reprendre les signifiants maîtres du corpus théorique pour produire sans cesse un savoir nouveau sur la vérité de la jouissance à partir de son éprouvé subjectif). L'intention ? Voilà un signifiant pour introduire les deux lieux de la psychanalyse : l'un, privé, avec le discours de l'analyste, l'autre, public, dans les amphi, lors par exemple des cours magistraux ou des séminaires, des congrès, etc...Ces deux lieux sont intitulés par LACAN : "Psychanalyse en intention el Psychanalyse en extension". Comment dans le domaine public (comme ici, en cet instant), peut-elle être transmise sinon en faisant lien, c.a.d. lien social dans et par le discours hystérique. A cet effet LACAN disait en 70 : "je ne peux être enseigné qu'à la mesure de mon savoir et enseignant, il y a belle lurette que chacun sait que c'est pour m'instruire". De même qu'en 71, il s'exprimait en ces termes : "Comme c'est moi qui parle, c'est moi qui suis ici dans la position de l'analysant".. Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que dans l'enseignant qui est en position de sujet divisé, il y a de psychanalyste que s'il sait produire des formations de savoir chez ceux qui l'écoutent, formation de savoir qui peut se cristalliser pour l'auditeur dans un momenl d'ouverture de son désir. Il n'y a pas ici d'information ni de compréhension mais un gain de savoir. Comme l'éclair d'un mot d'esprit par lequel un bout de savoir est passé en acte, ce que BRUERE nomme "l'inouï" le sujet ayant été enseigné à la mesure de son savoir. En d'autres termes, pour reprendre BRUERE, il y a passage de l'intelligence conceptuelle à l'éprouvé subjectif. | |  A. Brouillet - La leçon clinique du Docteur Charcot 27 MAI 2000 - Forums du Champ Lacanien - College Clinique de l'Ouest JEAN-MICHEL ARZUR La présentation de malades, mise en scène d'un drame Nous sommes à la fin de notre première année de fonctionnement au Collège Clinique de l'Ouest qui s'est constitué dans l'élan du mouvement des Forums du Champ Lacanien et donc suite à la séparation d'avec L'Ecole de la Cause Freudienne et l'Association Mondiale de Psychanalyse ; séparation qui s'est amorcée à Barcelone en 1998. Le Collège clinique est né de cette histoire et s'implante donc à Rennes avec une particularité qui donne un poids particulier à un enseignement de psychanalyse : la présentation de malades qui se déroule au Centre Hospitalier de Pontorson dans le service Henry Ey. La présentation de malades n'est pas un dispositif anodin, et met en jeu quelque chose du rapport particulier pour chacun à la psychanalyse. Un projet comme celui-là nécessite une réflexion toujours renouvelée qui nous concerne tous : institution, organisateurs, présentateur et public. Il y eut d'abord un désir qui rencontra celui de quelques autres et une actualité politique particulière : celle d'un mouvement de changement dans une institution analytique. L'institution d'accueil de cette pratique, l'hôpital, je n'en parlerai pas aujourd'hui mais je peux déjà dire que l'irruption d'une clinique psychanalytique qui ne soit pas seulement celle d'untel n'est pas sans conséquences sur l'institution et qu'il faut compter avec ces effets. Je parlerai donc aujourd'hui plus particulièrement du dispositif de la présentation de malades et de son éthique ; de ce qui noue étrangement - il faut le dire -un sujet qui vient parler, l'analyste qui l'interroge et le public qui est là. J'ai parlé de clinique psychanalytique ; c'en est une, en effet. Au-dessus du divan de Freud, un tableau célèbre y est toujours suspendu dans son bureau Londres, il s'agit d'une présentation de malades à la Salpêtrière dans le service du professeur Charcot. Ce fait, qui n'est pas anodin, peut être lu comme un hommage de Freud à l'enseignement de Charcot qui l'a initié à l'écoute de l'hystérie. Freud fera d'ailleurs la traduction en allemand d'un volume des présentations de Charcot qui parut en 1894. Freud ne s'essaya jamais à la présentation de malades préférant devenir le partenaire de l'hystérique plutôt que de monter sur la scène avec elle comme le faisait Charcot. Lacan, par contre, pratiqua la présentation dès sa carrière hospitalière ; il assista à celles de Georges Dumas à Sainte-Anne de 1920 à 1930 et à l'Infirmerie psychiatrique à celles de Gaétan Gatian de Clérambault, son «seul maître en psychiatrie». En 1953 après avoir quitté la Société Psychanalytique de Paris, Lacan inscrit cette pratique comme une activité d'enseignement clinique de la Société Française de Psychanalyse. Dans son texte «l'étourdit» de 1972, Lacan rend hommage à l'institution qui l'accueille - le service Henri Rousselle - dirigé par Daumézon à Sainte Anne ; j'y prélèverai deux phrases : « Qu'on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s'entend »', puis en fin de texte : « je salue Henri Rousselle dont à prendre ici occasion, je n'oublie pas qu'il m'offre ce lieu à ce jeu du dit au dire, en faire démonstration clinique. Où mieux ai-je fait sentir qu'à l'impossible à dire se mesure le réel - dans la pratique ? »" Lacan insiste donc sur cette démonstration clinique qu'est la présentation de malades, démonstration des rapports du dit au dire et de leur limite : le réel. Tous, nous nous sommes sûrement posé des questions lors de la première présentation de malades à laquelle nous assistions et peut-être encore lors des suivantes. Ces questions sont nécessaires et doivent rester ouvertes pour que personne ni institution ni enseignants ni public n'oublie trop rapidement ce dont il s'agit dans ce moment d'exception pour que se perpétue un des modes d'enseignement de psychanalyse. Ces questions sont variées : qu'est-ce que je fais là à regarder et écouter quelqu'un qui parle avec un psychanalyste ? Qu'est ce que ça apporte au sujet ? est il l'objet nécessaire à un enseignement, un cobaye ? Pourquoi tel sujet plutôt qu'un autre, est il en mal de diagnostic qui rassurerait l'équipe ? Quelles sont les conséquences, les effets subjectifs pour celui qui parle ainsi en public ? Pourquoi l'analyste prend il telle option, j'en aurait pris une autre, et si on se trompait dans nos débats ? Quelles conséquences ? etc... Un service accepte la présentation de malades parce que certains soignants se posent des questions : le service est donc sur la sellette et la présentation peut, en retour, avoir valeur de contrôle. fl faut donc que quelques-uns d'un service soient -comme a pu le dire Lacan - «dans le coup de la psychanalyse». Une supposition de savoir au-delà des nosographies psychiatriques est donc une nécessité. Cette supposition de savoir permet de poser le lieu de la présentation comme lieu d'adresse : «on n'y comprend rien, ça vaudrait peut-être le coup de lui proposer la présentation pour y voir un peu plus clair !». H n'en faut pas plus pour que cela fonctionne que de se rendre compte qu'un sujet échappe à notre compréhension, aux livres académiques et aux chimiothérapies. Historiquement, Lacan lui-même a répondu à la demande des praticiens hospitaliers : «Ces derniers s'adressaient au célèbre analyste, d'une part, en raison de l'effondrement de la psychiatrie classique et, d'autre part, sur le mode du transfert, c'est à dire d'une supposition de savoir.»"1 Le public est constitué de personnes variées : inscrits à une formation, médecins, soignants d'un service ; la seule condition requise est qu'ils soient intéressés à la psychanalyse ; il est donc nécessaire de faire une demande. Le public est en quête d'un enseignement, d'un savoir mais son rôle, nous le verrons avec Lacan, ne s'arrête pas là. Le patient, lui ? C'est en général un cas compliqué pour lequel un diagnostic est difficile à établir et ainsi l'orientation à donner au traitement, fl lui est proposé cette expérience, mais la demande est celle du service qui attend quelque chose et non la sienne, du moins initialement. Mais si le sujet accepte, il s'engage, il engage quelque chose de son désir au-delà de la demande d'un autre. Ne l'oublions pas. C'est déjà un sujet. Entre la demande d'un service et un public en quête de savoir, «le patient incarnait de bonne grâce l'objet de la demande de ses médecins et Lacan agissait de façon à ce que ce soit lui, le patient, qui soit 'à la place de l'enseignant»1V Voilà ce qui change tout dans l'inflexion que Lacan donne à cette pratique de la tradition médicale. Là où Charcot faisait appel au regard et n'hésitait pas à provoquer les manifestations hystériques pour illustrer un tableau clinique, assurer ; son enseignement et asseoir un diagnostic, Lacan centre le dispositif sur la parole du sujet, «Il attendait des présentation un renouvellement de la clinique analytique, soit une clinique non fondée sur la relation duelle et le regard»" , qui est celle de la psychiatrie. Si le diagnostic et l'enseignement sont deux points capitaux de la présentation de Lacan, ce ne sont pas les seuls . Claude Léger écrit dans son article «Éloge de la présentation de malades» par rapport au contexte des années 70 : «si les militants anti-présentations étaient entrés, façon Act up, dans la salle où se tenaient nos présentations (...) ils auraient été surpris de découvrir deux personnes en train de deviser le plus souvent tranquillement devant un auditoire attentif, et ce sont eux qui auraient alors paru intrusifs en faisant irruption dans cette bulle qui se crée la plupart du temps autour des deux protagonistes de ce colloque très singulier»" Un dialogue donc, on est loin de la présentation et plus proche de la clinique psychanalytique. Mais là, l'adresse se fait à «un sujet supposé ne pas savoir mais se laisser enseigner - l'interlocuteur se fait ici le relais de l'assistance studieuse en position de secrétaire de l'aliéné»"' La présentation est une mise en scène qui permet au sujet qui accepte l'offre de parler de «donner à ses difficultés existentielles la dimension d'un drame auquel ses semblables sont intéressés»""'. Le tragique de la situation de présentation ne nous échappe pas. «C'est dans la mesure où le drame subjectif est intégré dans un mythe ayant une valeur humaine étendue, voire universelle, que le sujet se réalise»" dit Lacan dans le séminaire I. «Cette relation de la souffrance de chacun à l'attention des autres constitue l'essence de ce que les psychanalystes appellent le symptôme. Voilà pourquoi la présence d'un public pendant l'entretien du patient non seulement ne constitue pas un obstacle mais peut-être même considérée comme élément essentiel du dispositif»". Le public est témoin de ce qui émerge, « personnage tiers » dont Lacan a signifié la fonction essentielle et la présentation peut être l'occasion pour un sujet de mettre en forme son symptôme parce qu'il passe par cette expérience. Le public, Lacan ne s'appuyait pas dessus comme Charcot qui instaurait une complicité avec l'assistance et en cherchait l'adhésion, mais il y faisait toujours référence. Dans les présentations, même si le patient est mis au courant de la composition de l'assistance lorsque lui est faite la proposition de venir parler, il est important de lui présenter le public comme des personnes qui s'intéressent au travail qui se fait dans le service, comme des gens là pour apprendre etc... Nous sommes toujours étonnés devant ce que le sujet à qui il est proposé de parler peut énoncer de nouveau alors qu'il est dans le service depuis souvent quelques temps et qu'il a eu plusieurs entretiens avec des personnes différentes. El faut bien en convenir, quelque chose d'inédit peut surgir. Ce n'est pas un entretien de plus avec une autre personne mais un autre dispositif où « les places du présentateur analyste, du malade et du public sont différenciées. Présentateur et public sont les acteurs d'une confrontation qui se passe sur une scène dont le public est à la fois séparé et constituant car il est un des éléments de l'adresse, indirecte, des deux interlocuteurs ». Le public «est en somme comme le choeur antique de la tragédie qui surveille en silence la marche du destin»*. C'est l'incarnation, la mise en fonction d'un désir Autre qui permettra peut-être pour certains la précipitation du symptôme, là où ils venaient parce que quelqu'un le leur avait demandé. «La présence tierce, silencieuse mais attentive et réceptive du public, signifie comme dans le trait d'esprit le détour par l'Autre dans le circuit du dire»x" La place de l'analyste dans la présentation est tout à fait particulière. A noter que c'est un entretien unique et qu'il est rare que l'analyste revoie le patient. L'implication active de l'analyste est tout à fait essentielle et tournée vers les rapports du sujet à ce qui lui arrive ; l'analyste cherche à éprouver ce à quoi tient le sujet : il est soumis aux «positions propremenl subjective du malade»*1" . C'est un psychanalyste qui fait un entretien mais comme dans une psychanalyse, or n'entre pas comme cela dans le discours analytique et il n'y a d'analyste que par la production du sujet supposé' savoir... « à la grâce de l'analysant ». Le dispositif permet une approche de la symptomatologie en terme d'adresse et de signifiants et pas seulement de signes, le présentateur entre dans le jeu des signifiants. Dans son séminaire inédit « problèmes cruciaux pour la psychanalyse » du 5 mai 1965, Lacan nous signale qu'un «examen clinique, une présentation de malades ne peut absolument pas être la même au temps de la psychanalyse ou au temps qui la précède (...) si le clinicien, si le médecin qui présente ne sait pas qu'une moitié du symptôme (...) c'est lui qui en a la charge, qu'il n'y a pas de présentation de malade mais (...) dialogue de deux personnes et que sans cette seconde personne il n'y aurait pas de symptôme achevé»xiv Le bénéfice qu'en tire le malade, au-delà de l'effet thérapeutique repérable par le lien que la présentation restaure «là où une expérience inaugurale avait isolé le sujet de ses congénères »xv, ce bénéfice résulte sans doute dans la constitution d'un symptôme pour le sujet et donc d'une possibilité d'adresse qui se substitue à sa position particulière d'être pris en charge par l'hôpital. Dans beaucoup d'hospitalisations, le patient s'en remet à l'Autre : l'Autre de l'institution, l'Autre qui entoure, l'Autre qui sait... Même en hospitalisation libre, il y a «comme» une dépossession du savoir sur le symptôme qui est, dès lors, attribué à l'Autre. La présentation de malades peut avoir « l'accent du préliminaire : cela va se poursuivre une autre fois dans le même cadre ou ailleurs, en tête à tête. Ce n'est bien entendu pas toujours le cas, mais lorsque cela se présente, ce n'est pas du fait de la suggestion, mais cela se produit de façon incongrue étant donné le contexte de l'entretien»™ Pour le sujet névrosé, ce peut être l'occasion d'un gain de savoir qui instaure par là même une possibilité d'adresse à l'Autre (sujet supposé savoir). Le savoir est dès lors mis au centre du travail. Pour le sujet psychotique, c'est un dispositif particulièrement adéquat auquel il se prête facilement - à l'inverse de ce que l'on pourrait croire - dispositif qui pousse à la définition du sujet qui porte témoignage des remaniements qu'il éprouve et de l'élaboration qu'il ébauche (délire par exemple). Le savoir est ici du côté du sujet psychotique. Le sujet dont nous a parlé Marie-Thérèse Gournel est ressorti rapidement de l'hôpital après la présentation de malade. Cette expérience lui a permis de nouer 2 registres : celui du regard et du dire qui sont tous deux présents dans ce dispositif. Se faire entendre est venu se substituer pour lui au « être vu » et a permis à ce sujet de s'engager dans un travail analytique. Il ne s'agit pas seulement d'un témoignage mais aussi d'un dire qui concerne la sexualité d'un sujet. La présentation permet donc au-delà d'une reconnaissance du trauma par d'autres, au-delà du « faire savoir » inhérent au dispositif de faire surgir un sujet, de précipiter le symptôme, ici l'obsession, et de le nouer avec l'organisation de la sexualité pour ce sujet. Nous avons avec ce cas une articulation très précise du dispositif de la présentation de malade avec la mise au travail d'un sujet. Cela vient illustrer le thème de notre année de manière inespérée. La présentation de malades n'est pas la cure. Même s'il y a des effets de transfert, on ne peut pas parler de mise en place du transfert comme dans la cure analytique puisque l'analyste est là non comme semblant d'objet a dans le discours analytique: a--->$ S2 S1 mais en tant que sujet, agent du discours hystérique qui interroge le savoir, les signifiants nouveaux que peut produire le maître : ici le patient. $--->S1 a S2 L'analyste ne vise pas la confirmation d'hypothèses, d'un savoir sur le patient mais un ébranlement de «l'assurance» que lui donnent ses symptômes afin de fabriquer du neuf. L'offre de venir parler devant un auditoire ignorant qui présentifie la mise en question du désir de l'Autre corrélé au savoir est une invitation pour le malade au témoignage ou à la subjectivation de cette faille qui émerge de son discours sur lui-même, faille que s'emploie à recouvrir le symptôme qui l'amène à l'hôpital. Il s'agit d'opérer une bascule du sujet de la réalité imaginaire au sujet du symbolique, il s'agit de mettre le sujet de l'inconscient au travail. La situation peut permettre au patient de cerner sa part dans ce qui lui arrive, sa responsabilité subjective. Il s'agira donc plus dans la présentation de malades de phénomènes où peut apparaître parfois l'esquisse d'une rectification subjective soit une rectification des rapports du sujet avec le réel. Le sujet psychotique, lui, se servira plus de ce dispositif comme l'occasion d'an dépôt et dans le meilleur des cas comme l'occasion d'une nouvelle construction à poursuivre... Le diagnostic est toujours une question importante dans les présentations. Ceux qui assistaient aux présentations de Lacan attendaient impatiemment que le verdict tombe des lèvres du maître, mais leur attente était toujours déçue. Jacques-Alain Miller dans son texte : « enseignements des présentations de malades » montre bien ce que la présentation de Lacan à la Section Clinique provoquait puisque plusieurs éprouvèrent le désir de se retrouver pour commenter les présentations et - je cite «parcourir l'espace des questions ouvertes par cette singulière pratique. Ce que disait le malade nous faisait énigme, et nous attendions qu'elle nous soit déchiffrée. Et voilà que le déchiffrement fait énigme à son tour, et demande à être déchiffré...»™1 Lacan parle de son attente de l'implication du public à savoir un apport sémiologique original : « je pense - dit-il - que c'est profondément motivé dans la structure que cela puisse avoir ce relief qu'en fin de compte celui qui pourrait inscrire le bénéfice sémiologique de la chose ne soit pas forcément identique à celui qui mène l'examen» - du fait de son implication même, fl poursuit : «Ce qu'ajouté la personne qui a entendu est quelque chose qui m'a paru très riche d'une espèce de possibilité d'inscription, de cristallisation de l'ordre de la chose qui serait à proprement parler sémiologique»xvm. Si les conditions - qui sont celles de la réinvention de la présentation de malades par Lacan - sont respectées, la présentation de malades est un bon dispositif de transmission de la clinique analytique dans la mesure où elle associe le public dans la constitution même de cette clinique. Je reprendrai pour étayer mon dire deux exemples de présentation qui ont eu lieu cette année au Centre Hospitalier de Pontorson. Pour ces deux personnes, nous avons un recul qui nous permet de dire en quoi la présentation fut importante pour ces sujets puisque ces personnes continuent un travail analytique. Dans ces deux cas le présentateur et le public avaient opté pour un diagnostic particulier mais la suite ne l'a pas confirmé. Je voudrais souligner la valeur heuristique de ce débat pour ceux qui s'occupent de ces malades et qui n'étaient pas forcément d'accord avec l'option prise ; ce fut, en effet, une mise au travail qui en résulta. A partir d'un point particulier pour ce jeune homme dont Marie-Thérèse Gournel nous a parlé : hallucination ou image obsédante ? ; d'autre part, à partir de la question du langage insuffisamment explorée à mon goût dans le cas de cette femme qui avait poussé ses enfants à l'eau et qui se présentait comme une hystérique ; ce qui avait été dégagé comme matériel à déchiffrer a causé une recherche d'autant plus rigoureuse que la présentation de ces cas avait permis d'en débrouiller les perspectives. Au-delà d'une certaine déception de ne parvenir à quelque chose de plus consistant un manque surgit qui permet justement que s'instaure un véritable travail analytique. J'insiste donc sur l'importance de pouvoir reparler de ces présentations, cela se fait dans le service entre les soignants et cela doit se poursuivre au niveau du Collège Clinique avec ces exposés dans l'après-coup de la présentation qui peuvent donner une autre perspective au gré de la lecture des signifiants du sujet qui ont été transcrits et des contacts possibles avec le service qui s'occupe du patient. A l'ouverture de la Section Clinique en 1977, Lacan interrogeant la transmission possible de la clinique écrit que la clinique psychanalytique consiste à «réinterroger tout ce que Freud a dit» ; c'est « une façon d'interroger le psychanalyste, de le presser de déclarer ses raisons»** dit-il. fl n'est donc pas question d'asseoir un diagnostic dans la clinique psychanalytique mais plutôt d'interroger «l'analyse (...) les analystes, afin qu'ils rendent compte de ce que leur pratique a de hasardeux, qui justifie Freud d'avoir existé»101. Lacan a su transmettre des éléments de sa pratique et aussi les conditions de transmission. Je citerai en conclusion une dernière phrase de Claude Léger qui parle de l'assistance qui «semble avoir trouvé non seulement un lieu où clinique et éthique s'articulent mais qui considère qu'elle participe elle-même d'un cadre dont la permanence engage une responsabilité plus large quant à la pérennité de la psychanalyse»™ Notes : 1 Lacan J. : « L'Etourdit » p. 5 Scilicet 4 , Seuil " Ibidem p..52 III Sauret M.J. et Lapeyre M. : « Lacan, le retour à Freud » p.39 Les essentiels Milan IV Ibidem v Forges Enk : « Jacques Lacan, un psychanalyste. le parcours d'un enseignement » p.33 Eres Point hors ligne vl Léger Claude : « Eloge de la présentation de malades » p.23 Le conciliabule d'Angers IRMA Agalma Seuil Vli Ibidem p.30 vl" Sauret M.J. et Lapeyre M. : « Lacan, le retour à Freud » p.3 8 Les essentiels Milan lx Lacan Jacques Séminaire I, les écrits techniques de Freud p.215 x Sauret M.J. et Lapeyre M. : « Lacan, le retour à Freud » p.3 8 Les essentiels Milan " La présentation de malades et l'interprétation - collectif - L'archive p.212 Section Clinique d'Angers 1995 *" Forges Erik : «Jacques Lacan, un psychanalyste, le parcours d'un enseignement» p. 35 Eres Point- hors ligne *"' Lacan Jacques, Ecrits p.534 MV Lacan Jacques : Problèmes cruciaux pour la psychanalyse, 5 mai 1965, inédit CT Sauret M.J. et Lapeyre M. : « Lacan. le retour à Freud » p.39 Les essentiels Milan *" Léger Claude : «Eloge de la présentation de malades » p.26 Le conciliabule d'Angers IRMA Agalma Seuil xv" Miller Jacques-Alain Enseignements de la présentation de malades p. 15 Omicar n°lO 1977 xvm Lacan Jacques: Problèmes cruciauxpour la psychanalyse, 5 mai 1965, inédit 10 x Lacan Jacques Ouverture de la section clinique. Ornicar ? 1977 101 Ibidem p. 14 xxi Léger Claude : «Eloge de la présentation de malades» p.30 Le conciliabule d'Angers IRMA Agalma Seuil |
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