CENTRE HOSPITALO-UNIVERSITAIRE DE LAPEYRONIE - MONTPELLIER - CONFERENCE - DEBAT
ORGANISEE PAR L'ESPACE CLINIQUE MONTPELLIER- MEDITERRANEE *
En la présence de :
BRUERE-DAWSON G. : Professeur Emérite des Universités BOULZE I. : Maître de Conférence de Psychopathologie Clinique - Université Paul Valéry
Le Docteur Liliane FAINSILBER En dialogue avec Le Docteur Jacques PUGET
SAMEDI 25 AVRIL 2009 à 9 heures 30
Amphithéâtre de l'hôpital Lapeyronie Sur le thème :
LA FONCTION PATERNELLE ET SES AVATARS (De la régence maternelle aux "dits - nouveaux symtômes")
Parmi tous ces "petits bleus" qui composent mon livre : "Le livre bleu d'une psychanalyste, une lecture singulière de LACAN", je choisirai comme point de départ de notre élaboration et discussion celui qui a pour titre "le besoin de protection par le père, par rapport au complexe de la mère" (L. FAINSILBER).
* Formations Cliniques du Champ Lacanien Entrée : 8 € Etudiants : Gratuit Cotisants de l'E.C.M.M. : Gratuit CONFERENCE Docteur Jacques PUGET 25 Avril 2009 La Fonction Paternelle et ses Avatars de la Régence maternelle aux dits "nouveaux symptômes" 
Mesdames, Messieurs, Bonjour, L'importance de cette Assemblée qui, incontestablement, fait honneur à la présence de Liliane FAINSILBER et qui par, ricochet, chatouille agréablement mon narcissisme, témoigne, de par l'attention qui nous est prêtée, que la question "c'est quoi un père ?" ne vous est pas étrangère. Nous tous, ici réunis, si nous n'avions pas été, dans la diachronie de notre histoire, effleuré par certains conflits affectifs, nous ne tenterions pas d'approfondir ce questionnement dont nous allons parlé. Je vous souhaite donc à tous la bienvenue, vous qui êtes venus, pour certains d'assez loin, participer à notre dialogue concernant la fonction paternelle et ses avatars, et ce, à un moment où notre culture tente d'en effacer, voire même, oserai-je dire d'en abraser l'efficace. Je tiens aussi et tout particulièrement à souhaiter la bienvenue, en la remerciant de sa présence, à Madame Isabelle BOULZE, Maître de Conférence de Psychologie Clinique et de Psychopathologie - Sa démarche et sa prise de position psychanalytique, dans le contexte socio-culturel actuel où prédomine une sorte d'occultation du sens du particulier de l'existence, inspire toute ma respectueuse sympathie. Bien sûr, et vous vous y attendez certainement, je ne vais pas occulter notre très cher et illustre Guy BRUERE DAWSON, Professeur Emerite des Universités. Ecoutez, chaque fois que je le rencontre, mes associations libres me conduisent inévitablement à un texte de Jacques LACAN, rédigé en 69, intitulé : "Notes à Jenny AUBRY". LACAN écrit, à propos de l'homme qui porte la fonction paternelle "le père est le vecteur d'une incarnation de la Loi dans le désir". Ca, c'est une formule énigmatique ; et pourtant : l'incarnation : ça nous renvoie à la chair et donc à la jouissance. L'incarnation de la Loi, ça nous renverrait donc à la castration et le désir ici est à entendre au sens où le désir a un objet, au sens où il corrèle le sujet à un objet de désir. Or, le désir, comme vous le savez, est généré par la castration. Et bien, Guy BRUERE DAWSON est pour moi, comme pour beaucoup d'ailleurs, celui qui exemplarise à merveille cette citation de LACAN. Je remercie Liliane FAINSILBER de m'avoir invité à participer à l'intervention de ce jour. Je ne commettrai pas l'erreur grossière ou la bévue de vous présenter, ma Chère Liliane, à cette Assemblée car c'est, quand même la troisième fois que vous venez à Montpellier. Elève de Jacques LACAN, auteur de quatre écrits (dont un cinquième, je crois, en gestation concernant la Psychanalyse et la Littérature), vous êtes, me disiez vous, une femme libre de toute aliénation à une Ecole, et, j'ajouterai, d'une tranquillité sereine qui me fait vous apprécier chaque jour davantage, aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain. Notre désir commun est d'aborder la question du père et donc par voie de conséquence celle du désir, car si quelqu'un a quelque chose à nous enseigner sur le désir… c'est bien le père et certes pas les politiques ou ces nouveaux bipèdes génétiquement modifiés : les coachs (je connaissais la mouche du coche…. je constate qu'actuellement les coachs font mouche… ce qui pourrait se nommer la mouche du coach à savoir la mouche à merde). Mon souci principal dans cet échange est d'être, ce que je nommerai "tripalement audible" c'est-à-dire provoquer en vous, corporellement, une certaine résonance, que ça consonne avec votre inconscient. Ca signifie pour moi de cheminer avec précaution mais sûrement comme le ferait un funambule sur son fil, oscillant dans un équilibre précaire entre l'écoute des professionnels vis-à-vis desquels je ne souhait pas m'enliser dans l'annonement de certaines formules dites canoniques de Jacques LACAN et l'écoute des non-professionnels, non "rompus" au discours psychanalytique que je ne voudrais pas saturer par un discours elliptique. Savez-vous que l'interrogation : "qu'est-ce qu'un père ?" fut soutenue par FREUD jusqu'à la fin de sa vie comme une sorte d'énigme d'autant plus impénétrable que réside ici toute la question du non analysé chez lui… c'est ce morceau de névrose chez FREUD qui est resté à jamais un point incontournable pour les hystériques… à savoir la question du père idéalisé et son entière soumission à ce père tout puissant. D'ailleurs, et dans la continuité de ceci, je mentionnerai ce que FREUD énonçait à propos du décès de son père…. il disait "c'est l'événement le plus important, la perte qui tranche le plus profondément dans la vie d'un homme". Alors donc, j'y arrive…. Un père qu'est ce que c'est ? Qu'entend-on par fonction paternelle ? De qui parle-t-on et de quoi ? Sans aborder l'étendue de la pensée freudienne avec les surgissements de ses interrogations et réflexions et tout en laissant de côté l'incessant retour à FREUD par Jacques LACAN avec ses avancées théoriques et cliniques. A CETTE QUESTION : QU'EST-CE QU'UN PERE ? FREUD REPOND : "C''est ce qui est tué et mangé par ses fils" Le mythe du meurtre du père est ce qui fonde le père. LACAN REPONDRA LUI : " C'est ce qui tient ensemble pour un sujet les trois registres, réel, symbolique et imaginaire", ou dans le Séminaire RSI "….Voilà ce que doit être le père en tant qu'il ne peut être qu'exception (…) que la cause (de son désir) soit une femme qui lui soit acquise pour lui faire des enfants, et que de ceux-ci, qu'il le veuille ou pas, il prenne soin paternel". Et puis, dans un fascicule, que j'ai découvert dans un rayonnage d'un centre de presse, au titre signifiant : "qui nous a ouvert le chemin, sinon la tendresse et la force d'un père ?" Marcel PAGNOL nous dit : "Quand il est né, il pesait 4 kilos… 4 kilos de la chair de sa mère. Mais aujourd'hui, il pèse 9 kilos, et tu sais ce que c'est ces 5 kilos de plus… c'est 5 kilos d'Amour. Le père, c'est celui qui Aime". Je trouve que ces lignes proposent, , de façon imaginarisée, une sorte de déclinaison de ce que LACAN (dans RSI) disait "… et c'est là que FREUD désigne ce que l'identification a à faire avec l'Amour"… Je prendrai pour terminer, un propos de Pascal JARDIN, qui condense en lui-même ce qu'il en est de notre questionnement "Quand il y a une vraie famille, une mère, c'est l'histoire de notre vie - un père, c'est l'histoire de notre esprit. J'ai été fabriqué spirituellement et moralement par mon père et sensoriellement par ma mère. Elle m'a donné mes premiers baisers, c'est la première femme que j'ai aimée. Lui, il est le premier être auquel je me sois heurté, il fut ma première haine, ma première passion. Elle reste la douceur, il était le fracas. Et quel curieux fracas". Tout y est : la vraie famille au regard de l'obscurantisme concernant la signification de la famille contemporaine qui se diffracte en famille composée, décomposée, recomposée, monoparentale ou homoparentale. Il est vrai que les deux paires de signifiants : le père et sa femme - la mère et son enfant, sur lesquels se fondent la structuration de la famille, qui n'est rien d'autre qu'une modalité d'écriture du lien entre ces deux couples de signifiants… il est vrai que cela est de nos jours fort malmené. Tout y est, disais-je : la question de l'amour maternel et de son lien avec l'humanisation de son enfant ; la marque, les traces qu'elle a laissé en tant qu'elle a des effets d'inconscient, de même l'ambivalence des affects chez tout être humain, amour et haine. Aussi enfin, la question, oh combien sensible et pavée d'embûches, de la rencontre entre un père et son enfant, favorisée ou non par la mère;.. une rencontre source d'espoir et parfois de déception, d'amour et de haine, mais aussi, pour certains source d'une fierté sereine. FREUD, à la question : "Qu'est-ce qu'un père ? " répond : "C'est ce qui est tué et mangé" C'est un mythe. Le mythe de la horde primitive. Je vous rappelle qu'un mythe c'est une sorte d'hypothèse ou plutôt de fiction qui imaginarise le contenu manifeste d'un savoir qui fonctionne en place de vérité. Dans "Totem et Tabou" de FREUD, le mythe dit qu'il était une fois un Père, le père primordial, celui de la horde primitive : il fut tué et mangé, il ne sera jamais remplacé. La place du père reste désormais vide. Et cette place toute spéciale d'un vide est la condition de ce que je nommerai le moteur de toute le fonctionnement de l'appareil psychique. Vous connaissez, je suppose, le jeu du pousse-pousse - F. DOLTO en fait allusion en 82 - C'est un rectangle, dit-elle, dans lequel figure les lettres de l'alphabet inscrites sur de petits carrés mobiles… mais, ajoute-t-elle… il y a un carré vide, sans lettre, un trou, un manque de lettre, une absence autour de quoi fonctionne tout le jeu du pousse-pousse. Et bien, il en est de même pour chacun d'entre nous dont le "langage, comme le précise LACAN, ne se sustente que de la fonction de trou dans le réel". Notre parole se soutient d'un vidage, d'un trou, d'un vide, d'un manque… C'est une notion certes délicate à cerner mais qui peut s'aborder par différents angles…. Par exemple, et vous saisirez maintenant où je voulais en venir, à partir de ce père mythique corrélé à une jouissance sans limite et donc sans Loi. Cette case vide c'est précisément la place du père primitif, gardien de la jouissance de toutes les femmes de la horde. Cette place du père mort doit rester vide avec la représentation que son tombeau renferme cette jouissance primordiale retranchée. Le meurtre du père laisse un reste qui échappe. Les fils vont passer de la foule à la communauté totémique des frères dès lors qu'ils consentent à renoncer à cette jouissance primordiale que le père avait empêché. La loi du désir tirerait son origine de cette castration de jouissance. Il s'agit là, j'attire toute votre attention sur ce point, il s'agit là donc, d'un pacte symbolique faisant lien entre les frères, unis dans une obéissance d'après-coup. Les conséquences ? En premier lieu : la filiation procède de ce schéma hiérarchique, de ce rapport de subordination. On parle de verticalité, or, il est un fait que nous vivons dans une époque dont le sentiment générale est que quelque chose est en train de changer, significantisé en terme de malaise (cf. FREUD : Malaise dans la culture). D'ailleurs Jacques LACAN met en cause les impasses croissantes de notre civilisation mettant l'accent sur le déclin du patriarcat destitué par le discours de la science, abordant, dès 1938, la question de "Grande Névrose Contemporaine" - Déclin du Père et Chute des Idéaux (l'idéal est le pivot de l'organisation sociale) en seront les signifiants Maîtres. En d'autres termes, il y a moins de pères "couillus" dans le contexte social actuel et la société aurait tendance à devenir une société de frères… incrédules… ils ne croient plus à l'autorité. Les pères s'étant retirés, les repères manquent. D'ailleurs LACAN précise à cet effet que l'homme (au sens générique) qui ne peut plus trouver à qui s'opposer ni à qui s'identifier, va entrer dans la voie de l'impuissance et de l'utopie. Il y a moins de pères "couillus" disais-je… c'est une métaphore, certes un peu cru, mais qui signifie bien cette pâleur symbolique des pères qui soutient l'homme moderne à propos de laquelle, en 79, LACAN parlait de "sujets mal réveillés de la chaleur des jupes de la mère". Ce qui donne au père son autorité, au sens de faire autorité, c'est-à-dire s'affirmer comme référence indiscutable, c'est bien son désir d'homme. De nos jours, nous sommes confrontés à ce que je nommerai des hommes, des pères inaccomplis, inachevés, incomplets, voire même des pères ratés ; en témoignerait la frousse des pères devant leur désir, leurs compagnes, leurs responsabilités et même devant leurs enfants avec lesquels, bafouant l'ordre symbolique ("une place pour chacun, chacun à sa place), ils copinent (écrit en un ou deux mots). Le second effet : et bien de cette pâleur symbolique du père procède une crise, voire une défaillance de la parenté, donc de la filiation. L'autre effet majeur que nous allons aborder sous peu est le complexe maternel. Vous saisissez, je pense, que la fin du mythe de la horde primitive va faire place à l'organisation légiférante des frères qui jette les bases de l'interdit de jouissance incestueuse, les exilant des femmes du père, fondant les lois exogamiques. Cette organisation légiférante des frères scelle un pacte symbolique entre eux à partir de la castration enfin lâchée par le père. La fin de la horde est le commencement du père, père de la Loi et du désir qui nomme ses objets de désir et commande aux identifications. Or, de nos jours, nous sommes davantage confrontés à une fraternité groupale de repli identitaire, des sortes d'agrégats humains, avec appel à des leaders. Le meurtre du père engendre la figure signifiante du père mort d'où procède le père symbolique. Alors, celui-là, le père symbolique, on nous le sert à toutes occasions.
C'est souvent un mot galvaudé, comme d'ailleurs celui de symbolique. Le père mort c'est le père tué (comme être) mais conservé comme signifiant. C'est en quelque sorte la nomination du père dans le signifiant… et le père symbolique est un signifiant nulle part représenté et inaccessible. C'est d'être mort qu'il s'équivaut à un pur signifiant (le S : meurtre de la chose)… ce qui signifie que pour tout sujet, il est déjà mort, puisque de toujours, pur signifiant.
Une autre conséquence : du meurtre du père, LACAN fera le lieu du défaut radical du symbolique. Là où FREUD définit le point de déréliction du réel de la horde, LACAN situe le manque dans l'Autre où aucun signifiant ne vient représenter le sujet pour un autre signifiant. Je poursuis, encore un peu, ma délicate progression sur mon fameux fil d'équilibriste qui, je l'espère, ne va se transformer en un gros cordage assommant pour vous. LACAN, dès le départ a lu le père Freudien à partir du Moïse. Ses différents moments d'élaboration du père prennent appui systématiquement sur une relecture de l'homme Moïse et le Monothéisme… et c'est de cette relecture qu'est issu le fondement Lacanien du Père, le Nom-du- Père, spécifié en métaphore paternelle Forgé dans "Fonction et Champ de la Parole" dans "Question préliminaire à tout traitement possible de la Psychose" et dans le Séminaire III (Les Psychoses). Ainsi donc la lecture de Moïse ouvre pour LACAN la définition du père comme clé de voûte du système signifiant. Il est évident que cette question du Nom du Père chez LACAN donne lieu à une exégèse trop longue pour être ici aborder. Néanmoins, je tiens à préciser que la métaphore du signifiant du Nom du Père est une transformation de la mère comme puissance originelle en la mère du manque. Cette mère manquante, pas toujours là, pour l'enfant, c'est, en d'autres termes, ce qui situe son désir de femme. La mère trouée, c'est le désir de la mère dans la métaphore paternelle. Pour le dire autrement et simplement, sans vouloir offenser quiconque… Ca serait une transformation de notre Sainte Mère, la vierge Marie qui d'hommes, elle n'en a eu cure, puisque conçue mère par le St Esprit et vivant avec Joseph, seulement père nourricier, tout comme le sont beaucoup de pères actuels… transformation en une mère suffisamment bonne. Le suffisamment renvoie à la mère castrée et apte à signifier la castration à son enfant.. à savoir, pas que mère, ou toute mère, mais femme avant tout, femme désirante et faisant appel au désir masculin, telle qu'elle est nommée dans une expression du XVIIIe siècle, reprise par LACAN : "les appelants du sexe" : on y retrouve dans ce signifiant : appât : (cette nourriture placée dans un piège ou fixée à un hameçon), de même appeau (ce petit instrument avec lequel on imite le cri des animaux pour les attirer)… Liliane FAINSILBER dans son dernier écrit : "Le livre bleu d'une psychanalyste", d'ailleurs préfacé par Guy BRUERE-DAWSON, consacre le 8eme partie "aux défaillances de la fonction du père" et dans la 7eme partie (Les Malaises de la Civilisation en 2008) lechapitre I s'intitule : "le besoin de protection du père par rapport au "complexe de la mère" (p. 129). Pour mesurer la portée de cette formulation et permettre à Liliane, d'abord de pouvoir enfin parler et ensuite de questionner ce qu'est le symptome-père au regard du complexe maternel, je vais poursuivre mon cheminement en posant les dernières bases de cette question. Je vais introduire (et je prononce sans ambiguïté ce signifiant) le thème de la mère dont l'homophonie nous conduit au signifiant t'aime (t' A I M E). Pourtant… ou "après tout, comme le dit LACAN, la mère n'est pas en soi l'objet le plus désirable"… Encore que… encore queue (car ça peut aussi s'orthographier QUEUE)… car c'est de cela dont il s'agit souvent dans cette histoire d'amour maternel… l'histoire de la petite queue… du côté de la mère, l'enfant est à son service sexuel… le corps de l'infans fonctionnant comme instrument à jouir… et ça réfère bien sûr à la métonymie phallique de l'enfant, à la série enfant-phallus. Et ça peut fagotter, engluer l'enfant grandissant dans une incontournable fusion ou dans une difficile séparation. D'où la métaphore du signifiant du Nom du Père dont le signifiant basique de cette métaphore est le désir de la mère, écrit, dit LACAN "à la place symbolisée par l'absence de la mère". Cette symbolisation du désir de la mère permet à l'enfant l'élaboration du lien métaphorique au père, du lien de la mère, en tant que femme, au père, en tant qu'homme ; le cément, la ductilité de ce lien étant leur désir réciproque (cf. Résilience - Boris CYRULNIK). Résilience : caractéristique mécanique définissant la résistance au choc d'un matériau. Terme avec lequel CYRULNIK a fait sensation… et beaucoup d'argent… à partir d'une véritable induction suggestive…. Alors, je me suis autorisé à emprunter, à mon tour, ce signifiant de DUCTILITE : propriété de certains métaux de pouvoir être étirés en fils très minces sans se rompre… sauf que de ce signifiant je n'en jouis que pour en faire une nomination du lien Père-Mère. La mère nomme le père, d'où le vocable Nom du Père : il est le nom propre donné au père comme nom, nommé par la mère et aussi nommant (c'est père nommant). Il y a dès lors une reconceptualisation de la fonction père par LACAN qui passe de la thèse de la métaphore paternelle à la fonction Nom du Père comme dire de nomination qui s'infère à partir des dits et à partir des actes. Cette fonction de nomination qu'il fait fonctionner de sa position libidinale, implique une implicite conjonction entre un "tu es ma femme" et un "tu es mon fils ou tu es ma fille". Les partenaires de jouissance du père sont donc symptomatiquement nommés. C'est cela le symptôme Père, c'est ce qui conditionne qu'un père (dans sa réalité) soutienne la fonction père… c'est-à-dire qu'il soit symptôme-Père. C'est un symptôme, nous dit Colette SOLER, qui opère un double nouage, un double nœud social ; d'abord le nœud qui est en jeu dans le couple sexuel, un homme et une femme, cause de son désir et deuxièmement le nœud entre les générations, les pères et plus généralement les parents et les enfants." Est-il en régression ce symptôme Père ? car la métaphore du S du N du Père n'est qu'un élément de la fonction Père, nouant le symbolique et l'imaginaire. Le Symptôme Père, lui, ou la Père-Version (en deux mots (version : du latin Versio, de Vertere, qui veut dire Tourner) complète la fonction paternelle, la fonction-Père, en nouant les trois Registres de la subjectivité S - I et R… et cette fonction n'est pas soutenue par n'importe quel père… c'est ce que va interroger Liliane FAINSILBER…. incessamment, sous peu… pas avant, en ce qui me concerne, d'avoir dit quelques mots sur "le complexe maternel" qui procède des avatars de la fonction Père. FREUD a cité dans ses travaux, à quelques reprises, l'expression "Muttercomplexe" : le complexe maternel, notamment dans une lettre à JUNG, à FERENCZI et JONES. C'est une fixation inconsciente à la mère, une liaison à un désir fixé à la mère, à un désir de mère fixé dans un fantasme inconscient, nous dit Fulvio Marone, Psychiatre et Psychanalyste napolitain, il décrit d'ailleurs ce complexe maternel comme nouage des points traumatiques de l'expérience du sujet. Une bonne mère, pas la mère suffisamment bonne de WINICOTT, mais la mère qui fait "complexe maternel" c'est celle, en d'autres termes, dont parle LACAN en 72 (Séminaire XXI : les non dupes errent) dit "… c'est le biais d'un moment qui est celui que nous vivons dans l'histoire… à ce nom du père se substitue une fonction qui n'est autre que celle du Nommer-à" par la mère…. "être "nommé à" Qu'est-ce à dire ? Cette notion de "être nommé à" de l'enfant par la mère peut paraître obscure à certains. Ca consiste en une sorte de détermination préalable du destin de chacun : Prédestination (BALZAC - 1830 à partir du vocabulaire chrétien (Janséniste) = doctrine selon laquelle "Dieu a déterminé de toute éternité le destin des hommes, ayant par avance élu certaines de ses créatures pour les conduire au Salut… C'est tout le pouvoir de la mère dont il s'agit ici. Elle a des effets d'inconscient c'est-à-dire des effets de parole Ce pouvoir passe par le langage qui touche le corps de l'enfant tout en affectant la jouissance du vivant. Ca passe par ses commandements car elle transmet la langue du premier corps à corps, avec sa façon de parler en véhiculant les traces de ses jouissances, et dont les mots vont faire trace pour la vie. Elle est véhicule de la parole et la parole a prise sur le corps. Elle y inscrit sa marque. Va-t-elle permettre ou non à l'infans la rencontre avec ce que l'on nomme l'énigme du désir de la mère, sa symbolisation comme désir de femme référé au père de l'enfant ? Si c'est non, c'est la régence d'une mère qui commande son enfant. C'est la fracture mère/femme, consolidée en une mère, toute mère et rien femme… C'est la famille que j'oserai nommer "matriforme" avec des pères inaccomplis. Donc ratage… L'enfant devenant l'objet exclusif d'une mère non creusée par la femme. Nouvelles mères - Nouvelles familles. Qu'est-ce qui pourra parvenir à soustraire le frêle nourrisson puis l'enfant qu'il devient, de ce "champ de manœuvre" maternel, là où le Symptôme Père est hors service ?… Là où le Nom du Père vacille devant le Non (NON) de sa femme pour être remplacé par le "Nommer à" de l'enfant par une mère, que mère ? Si le père est une figure, pour son enfant, de la solution, car il indique une perspective au désir infini (son fondement structural est le manque) comme modèle d'un désir fini, constitutif de l'objet sexuel, fixé à l'objet a, impliquant la castration… et bien le "être nommé à" de l'enfant par sa mère est une figure, une forme d'aliénation avec, au pire, une possible soumission dépersonnalisante ou au minimum toute une clinique variée des troubles de la personnalité. La régence de la mère coince l'enfant dans une sorte de destination prescrite par elle… c'est ça le nommer à. Vous comprendrez maintenant, pour conclure, pourquoi au début de mon intervention je vous disais que celui qui peut nous apprendre quelque chose sur le désir c'est bel et bien le père car c'est lui, dans sa version-père, en tant qu'il porte le symptôme Père qui donne à ses enfants, qui leur indique, une perspective au désir. Qu'est-ce à dire ? Ce qui génère le désir c'est la castration… C'est un désir infini car son fondement structural c'est le manque. Indestructible dans sa permanence, son moteur c'est l'objet manque. L'objet soustrait ou "objet a" qui, s'il cause le désir, ne dit pas en quelque sorte, ce qu'il faut faire. Ca ne détermine pas l'objet à viser du désir. C'est souligner qu'à la base il n'y a pas d'objet adéquat, approprié. Le sujet désire mais il ne sait pas ce qu'il désire. C'est l'infinitude du désir, d'un désir indéterminé qui erre, pouvant se fixer sur n'importe quoi… au point que tout objet offert ou qui se présente, va fonctionner comme leurre, va satisfaire un temps… ça va jusqu'au désir commercialisable grâce aux objets de consommation que la société actuelle propose. On peut offrir n'importe quoi au désir, mais ce n'importe quoi doit être sans cesse renouvelé car il n'apporte q'une satisfaction limitée, partielle, alimentant un perpétuel désir d'autre chose dans une insatiable insatisfaction. Il faut préciser que ces objets marchands qu'offre la société de consommation ont rompu leur amarre avec la vérité de l'inconscient. Ils séduisent sans cesse de par l'infinitude d'un désir qui n'est pas nourri par le fantasme fondamental inscrit dans l'inconscient. Et c'est là que la fonction paternelle a tout son poids car si la société actuelle est inductrice de consommation, d'insatiabilité et donc de morosité, le père, lui, est inducteur de désir, mais d'un désir fixé, fini. Pour cela il faut la sexualisation du désir. Ca réfère à un désir vectorisé vers un objet sexuel, vers le partenaire et ça implique une opération c'est-à-dire une soustraction, un soustraction d'objet, la mère. Et comment ? Ce qui est opérant c'est le désir du père, désir sexué d'un homme, soumis comme tous les autres à la castration, désir arrimé à un objet déterminé, isolable, sa femme, la mère de l'enfant. "Le désir et la Loi" nous dit LACAN, c'est la même chose (désir est une défense, il défend autant que la Loi car ils constituent une seule et même barrière à l'endroit de la jouissance). Ainsi le désir fini du père, constitutif d'objet sexuel, met un terme à l'infinitude dangereuse du désir. Voilà Liliane, je vous laisse la parole dont je me suis emparé certes abondamment… en terminant par une phrase de votre livre (P. 130), vous dîtes : "les mères de nos jours, n'auraient-elles pas simplement retrouvé leur toute puissance passée, faute de cette version vers le père qui ne s'est pas effectuée."
Conférence à Montpellier le 25 avril 2009 pour présenter Le livre bleu d'une psychanalyste ; Une lecture singulière de Lacan (1)

Le besoin de protection par le père par rapport au complexe de la mère Liliane Fainsilber A la question que pose Jacques, qu'est qu'un père ?, je vous propose d'en rajouter une autre : Comment le père intervient-il pour que la primitive relation à la mère ne se transforme pas en cauchemar, un cauchemar dont on n'arrive pas à se réveiller, alors que cette relation est source de toutes les félicités et modèle de toutes les satisfactions futures dans l'amour qui peut naître entre un homme et une femme ? Pour répondre à cette question il faut remarquer que le père, pose tout d'abord l'interdit sur le corps de la mère, mais que son rôle ne se limite pas à cela, il devient aussi un guide précieux et averti sur les chemins de nos désirs. Il nous sert de modèle pour savoir ce qu'il faut faire en tant qu'homme ou en tant que femme. Mais pour que cela soit possible il faut, qu'un temps le père soit préféré à la mère, comme étant celui qui a le phallus. Ce temps là, c'est ce que Lacan appelle la version vers le père ou encore la Père-version. La légende de Circé Je vous propose tout d'abord une approche poétique de cette perversion ou version vers le père, en évoquant une des légendes de l'Odyssée. Vous savez qu'Homère y raconte les aventures d'Ulysse et de ses compagnons ; comment perdus sur l'immense océan et au prix de multiples dangers, ils tentent de rejoindre la terre de leur naissance, la petite île d'Ithaque. Parmi ces aventures, Homère raconte donc ce qui advint de leur rencontre avec la magicienne Circé lorsque leur navire accosta sur son île. La magicienne, " la déesse aux beaux cheveux ", reçut les compagnons d'Ulysse somptueusement. Leur ayant offert diverses nourritures et des breuvages, elle en profita pour les empoisonner puis les frappant avec une baguette, elle les métamorphosa tous en porcs et les enferma dans une porcherie. On pense immanquablement, à propos de cet épisode, au fait que la crainte d'être empoisonné est souvent mise en relation avec l'imago de la mère, une imago très archaïque de la mère nourricière. Mais il y a plus, puisque cette transformation en porcs des compagnons d'Ulysse nous rappelle ce vieux dicton qui s'avère justifié, du point de vue de la dite perversion infantile, celles des fixations sadiques anales, " tout homme est un cochon qui sommeille ". Mais la suite est encore plus instructive, par rapport à ce que la légende démontre de cette version vers le père. Ulysse, apprenant par l'un de ses compagnons, le seul qui avait échappé à cette métamorphose, le sort infortuné de ces hommes, s'apprête bien sur à aller les sauver. Il est aidé en cela par Hermès, qui est le Dieu des voyages et du commerce. Il est celui qui indique la route avec l'aide de poteaux indicateurs, c'est-à-dire, disons le mot, avec des pierres levées, soit des symboles phalliques. Donc Hermès lui fait don d'une plante magique qui s'appelle Moly. Cette plante dont la fleur est blanche comme du lait, lui servira de talisman. Mais Hermès lui indique aussi comment s'y prendre avec Circé. Il ne doit accepter aucune boisson ou nourriture et surtout lorsqu'elle le touchera de sa baguette pour le transformer lui aussi en cochon, il doit se précipiter sur elle avec son épée, comme pour la tuer. Il doit donc se comporter comme un homme courageux, l'épée ou le sexe à la main. Circé, devant ces manifestations de virilité, met alors bas les armes et lui propose de la rejoindre dans son lit. Il accepte mais pas avant qu'elle ait redonné à ses compagnons forme humaine et surtout après lui avoir fait promettre de ne pas porter atteinte à sa virilité. Il oublie ainsi pendant toute une année, dans les bras de Circé, la fidèle Pénélope qui l'attend toujours au pays. Cette légende de Circé m'a paru être une jolie métaphore de ce que Freud appelle la perversion infantile polymorphe mais elle est aussi une épopée de la conquête d'une virilité assumée avec un homme, le père, qui est là pour servir de modèle et même d'initiateur. Comme nous l'indique Lacan, il est là pour servir de modèle à la fonction, la fonction de symptôme. Dans cette légende, c'est Hermès qui joue ce rôle. La légende de Circé réécrite par Joyce Mais vous savez sans doute, à propos de cette question de la père-version, que Joyce à calqué sur le périple d'Ulysse, les pérégrinations de Léopold Bloom et de Stephen Dedalus, au travers des rues de Dublin. Il a donc écrit une nouvelle version de l'épisode de Circé. L'action se situe dans un bordel. La version de Joyce par rapport à celle d'Homère, vu sous l'angle de la perversion infantile, y apporte un élément nouveau, celui du masochisme. Bella Cohen qui est la mère maquerelle de ce bordel maltraite et humilie Léopold Bloom. Il n'est pas transformé en porc, comme dans l'Odyssée, mais en femme, il doit même être proposé, en vue d'abus sexuels, à d'autres hommes, des habitués de ce bordel. Il lui est même promis une grossesse, neuf mois après. Alors que lui, Léopold devient Léopoldine, se féminise, affublé de vêtements de soie, Bella Cohen, la mère maquerelle, se virilise, devient Bello. On ne sait si cet être maléfique est une mère phallique ou si, entre temps, elle s'est métamorphosée en Imago du père. Dans cette version de Joyce, nous ne retrouvons pas l'usage de ce talisman donné par Hermès, cette plante magique, qui doit le libérer des sortilèges de Circé, par contre, un autre élément intervient : soudain, un des boutons de Bloom saute et il est obligé de retenir son pantalon qui manque de tomber. Grâce à ce fait, notre héros, mal en point, reprend pied, retrouve le sens de la réalité. Comme il le dit lui-même : " le charme est rompu. " Tout aussitôt, il se préoccupe du jeune Stephen Dedalus, très éméché. Il le protège des entreprises des prostituées de ce bordel qui veulent le détrousser de son argent. Il lui évite une rixe avec des passants. Il s'occupe de lui comme un père. Il a donc franchit la passe. De fils, il est devenu père. Il y aurait des pistes très intéressantes à suivre, quant à cette approche inattendue et si savante de ce masochisme dit féminin que Freud avait déjà repéré comme étant un des éléments essentiels du complexe de castration masculin. Il nous le rappelle en effet le masochisme dit érogène " prend part à toutes les phases de développement de la libido et leur emprunte la succession des costumes psychiques qu'il revêt ". - L'angoisse d'être dévoré par le père a sa source dans l'organisation orale primitive, - le désir d'être battu par le père, provient de la phase sadique anale, - tandis que dérivent de l'organisation phallique, " les situations caractéristiques de la féminité, subir le coït et accoucher ". Or ce sont toutes ces situations qui sont successivement revécues par Léopold Bloom lorsqu'il se trouve livré aux mains de Bella devenue entre temps Bello. Ce masochisme Lacan le reprend comme étant la définition même de la père-version. Perversion selon laquelle le sadisme est pour le père et le masochisme est pour le fils. Cette perversion trouvant son point d'achèvement dans cette imagination bien connue, celle d'être le rédempteur. -
En effet qu'est ce que cette figure du rédempteur, celle du Christ, si ce n'est celle d'une victime qui s'offre en sacrifice, accepte d'être mis en croix et de mourir, pour payer la faute originelle, celle du meurtre du père ? On peut donc dire que cet épisode de Circé dans le roman d'Ulysse est une magistrale mise en acte de cette version vers le père effectuée par Joyce, et ce par la voie de la sublimation, de par la magie de son écriture. Trois définitions de la perversion A partir de ces deux versions de Circé, pour recentrer maintenant un peu le débat et éventuellement aborder la question des nouvelles pathologies, je vous proposerais bien maintenant trois définitions de ce qu'est la perversion : Ces définitions sont un peu ardues mais elles nous sont nécessaires : 1 - La perversion est avec la névrose et la psychose, une des trois structures de la clinique et de la théorie analytique. Ce qui caractérise la perversion est le mécanisme de la Verleugnung, du démenti ou désaveu. Ce démenti c'est une forme spéciale de négation devant une perception. Elle consiste à reconnaître et à nier tout à la fois ce qu'on vient de découvrir, à savoir l'absence de phallus de la mère. Octave Mannoni nous en a laissé cette jolie formule celle du " je sais bien …. Mais quand même… " Cependant il faut savoir que dans la névrose aussi le mécanisme du démenti entre également en jeu. Cette donnée nous sera fort utile tout à l'heure, justement si nous avons le temps d'évoquer ces nouvelles pathologies, que certains ont mis sous le registre de la perversion généralisée, ou encore de la perversion ordinaire. 2 - La perversion est aussi ce que Freud avait énoncé dans ses trois essais sur la théorie de la sexualité à savoir que l'enfant est un pervers polymorphe. Sa sexualité se déploie en fonction de zones érogènes. Chacune de ces pulsions partielles sont ensuite regroupées sous le primat du phallus, condition de l'inscription de chaque sujet comme homme ou comme femme. Lacan reprenant ce registre de la perversion polymorphe en fait la façon de rater le rapport sexuel du côté homme. Je vous en rappelle sa formulation nette et précise, pour une fois sans équivoque : " L'acte d'amour, c'est la perversion polymorphe du mâle, cela chez l'être parlant ". Elle est donc centrée autour de l'objet a, ou plutôt des différents objets a. 3 - La père-version ou version vers le père Cette version vers le père correspond au troisième temps logique de l'Œdipe tel que le décrit Lacan, celui où le père se fait préférer à la mère comme étant celui qui a le phallus, qui le détient et qui a donc le pouvoir de le donner. Pour que cette attirance pour le père, cette version vers le père puisse s'effectuer encore faut-il que les deux premiers temps aient été franchis que la mère ait été en quelque sorte dépossédée de ce qu'enfin de compte elle n'a jamais eu, un phallus imaginaire. Pour l'enfant cela implique aussi qu'il ait renoncé à venir combler ce manque de la mère, à être son objet phallique. Ce qui rend possible ce renoncement c'est le cas que la mère fait de la parole du père. C'est donc elle, la mère, qui a cette lourde charge, lourde responsabilité d'assurer cette translation, ce transfert vers le père, cette version vers le père. Mais encore faut-il que, dans cette nouvelle version, le père soit à la hauteur, pas trop mais juste assez. C'est ce qu'il convient en effet de ne pas oublier, en cette période actuelle, où l'accent est mis de préférence sur les mutations du champ social, mutations qui impliquent la contestation de l'importance du père et le délitement de la structure patriarcale de la société. En rappelant la fonction de la parole de la mère, je remets donc l'accent sur la structure familiale. Bien sûr la famille est la petite cellule élémentaire de la société et donc ces deux champs ne sont pas sans rapport l'un avec l'autre, ne serait-ce que parce que s'y transmettent, de l'un à l'autre, les idéaux d'une société donnée, ses mœurs et ses lois. Mais si nous voulons avoir une possibilité de remédier à cet état de fait, il me parait important, comme pour les problèmes que pose la délinquance dans le champ social, de prendre en compte le fait qu'il y est avant tout question des ratés et des impasses de l'Œdipe. Les cultes de ces grandes déesses mères A partir de ces trois définitions de la perversion, il me semble que nous pourrions aborder cette question : Que se passe-t-il maintenant si des sujets restent enfermés dans les porcheries de Circé, faute d'avoir eu en leur possession cette plante magique, ce talisman du père, pour pouvoir s'échapper de ce que Mélanie Klein appelle l'enceinte ou encore l'empire du corps maternel ? J'ai retrouvé dans un numéro de l'Evolution psychiatrique de 1937, un ensemble de six observations colligées par Jean Picard et que Lacan commente comme étant toutes mises sous le signe de la mère. A la suite de cet article, c'est pour cette raison que je l'ai recherché, il avait en effet fait une très courte intervention qui est exactement dans le fil de notre propos. Il y soulignait que certes l'Œdipe était notre Sinaï mais qu'il existait au pied de ce Mont Sinaï, d'anciennes idoles qui y étaient encore adorées. C'est donc là qu'il évoque ces grandes déesses mères, ces mères archaïques, dont certains sujets continuent à célébrer les cultes. C'est apparemment ce que décrit Jean-Pierre Lebrun dans son ouvrage qui m'a beaucoup intéressé qui s'appelle " La perversion ordinaire ". Pour rendre compte de ces nouvelles pathologies, Jean-Pierre Lebrun avance à juste titre ce terme qu'il appelle la " mère-version ". On peut effectivement la spécifier, cette mère-version, comme une impossibilité ou tout au moins une grande difficulté à effectuer cette version vers le père, ce transfert vers le père. Ces sujets, Jean-Pierre Lebrun les appelle des " néosujets " mais je trouve que la dénomination qui serait de beaucoup préférable serait celle d'assujets, terme que Lacan avait utilisé pour décrire cette situation subjective où l'enfant est encore entièrement pris dans le désir de sa mère, ou si je puis dire, il parle par sa bouche. J.P Lebrun centre leur approche sur une belle analyse ligne à ligne du texte freudien sur ce concept de la Verleugnung. Il souligne que c'est un concept commun à la névrose et à la perversion. Mais on peut aussi rajouter que ce terme n'est pas utilisé dans chacune de ces structures de la même façon et c'est le point où il a achoppé dans sa démonstration. Le démenti ou désaveu de la castration dans la névrose et dans la perversion J'ai inscrit ces deux formes de Verleugnung, de démenti, sur deux tableaux, pour qu'ils puissent éventuellement servir de points d'appuis à la discussion. (Il convient de se reporter à l'autre texte qui s'appelle " La perversion et la version vers le père ", pour y trouver le commentaire développé de ces schémas). Vous pourrez déjà y constater qu'en fonction des deux branches du démenti de la castration, celles du " Je sais bien… mais quand même ", on pourrait inscrire, les trois définitions de la perversion que je vous ai proposées. Nous pouvons ensuite repérer que ce sont elles qui nous permettent d'établir les différences de structure entre la névrose et la perversion, mais pas du tout entre ces anciennes et ces nouvelles pathologies, puisque ce sont exactement les mêmes. Ces nouvelles pathologies s'inscrivent en effet, dans le registre de la névrose, même si ce sont des formes graves de celle-ci. Le schéma du démenti de la castration dans la névrose est celui qui permet d'en rendre compte. Si nous reposons que le démenti est à la fois une façon de nier et de reconnaître la réalité d'une perception, nous pouvons dire que dans ces nouvelles pathologies, ce qui prévaut c'est la négation de la perception, au détriment de sa prise en compte. C'est donc la mère-version au détriment de la père-version. Le maintien de la perversion polymorphe infantile au détriment de l'assomption phallique liée au père, la prévalence de l'imaginaire au détriment de l'accession au symbolique. Mais comme vous le savez sans doute, ce qu'on ne sait pas, ce qu'on ne sait pas encore est beaucoup plus attrayant, stimulant que ce qu'on a déjà découvert. Donc je profiterai de la présence amicale de Claude Bruère-Dawson, d'Isabelle Boulze et de Jacques Puget pour leur poser et pour vous poser à vous aussi, une autre question, en partant de ceci : Les hommes et les femmes n'ont pas la même façon de réagir devant l'épreuve que constitue la découverte de la différence des sexes. Pour la petite fille il n'y a pas de démenti de la castration qui tienne. Freud nous le dit : " Elle a vu, elle sait qu'elle ne l'a pas, elle veut l'avoir ". En fonction de ce repérage, à la fois cette extrême lucidité qu'implique la position féminine et aussi la violence, voire la sauvagerie de ce désir ainsi formulé, je me demande quand même - c'est une question ouverte, ouverte à la discussion - si cette rude affirmation, " elle veut l'avoir ", ne constitue pas le secret dernier de ce démenti de la castration, du côté des hommes, une sorte d'ultime mais faible moyen de défense. Voilà ces questions sont passionnantes mais très difficiles à résoudre surtout quand on quitte le champ propre de la psychanalyse pour entrer dans le champ du politique. Notes - Dans l'article de l'évolution psychiatrique que j'essaierai de mettre en ligne sur mon site du goût de la psychanalyse, on peut retrouver, entre autres, l'histoire clinique de Thérèse, une de ces prisonnières de Circé qui pourrait très bien illustrer ces nouvelles pathologies, malgré le côté mélodramatique et désuet de ce récit. Il pourrait même nous permettre de reconstituer, ne serait-ce que de façon fictive, comment, par le travail de l'analyse, elle aurait pu, comme tous les compagnons d'Ulysse, retrouver sa liberté.
- Dans le séminaire RSI, séance du 20 janvier 1975, Lacan joue de deux équivoques, entre la perversion écrite en un seul mot qui est la perversion du père, prise au sens de la perversion polymorphe infantile, et la père-version décomposée en deux mots, qui est une version vers le père. |